L'avancée du désert

L'ancienneté d'une présence humaine au Niger qui remonterait à 5000 ans avant J.-C., est attestée par de nombreux vestiges archéologiques retrouvés notamment dans le massif de l’Aïr. La désertification qui s'amorce vers cette date repousse progressivement vers le sud et le sud-est (lac Tchad) les populations sédentaires (agriculteurs et les céramistes), qui abandonnent ainsi leurs anciens terroirs aux seuls éleveurs nomades, lesquels gravent sur les rochers de nombreuses représentations de leurs troupeaux (entre 2000 et 3000 av. J.-C.) mais également d’éléphants, d’hippopotames et d’une faune de savane abondante et variée.

Au début de notre ère, le Niger devient une zone d'échanges transsahariens, tenus par des tribus berbères venues du nord. Les Arabes succédant aux Berbères, ces voies de communication sont très tôt pénétrées par les missionnaires musulmans, puis contrôlées par les nomades islamisés (Touareg, Toubou). On assiste alors à l'islamisation de la région dès la fin du 8è siècle, accompagné de nouveaux déplacements de populations vers le sud.

Entre empires et cités-États

C'est vers cette époque, semble-t-il, que sont créés les premiers États noirs. Ils entrent dans l’histoire avec l’établissement de relations transsahariennes au Moyen Âge vers l’Afrique du Nord dans son ensemble.

Dans l'ouest du Niger, l'empire songhaï atteint son apogée autour des années 1500, après avoir succédé à l'empire du Mali, dont il était l’ancien vassal.
À l'est, autour du lac Tchad, le royaume du Kanem, développé à partir du 11è siècle, est désormais un véritable empire.
Au sud, les cités-États haoussas, dont la prospérité est liée au commerce transsaharien, se libèrent de la tutelle songhaï et, dès le 12è siècle, étendent peu à peu leur influence.

L'Empire songhaï disparaît après la défaite que lui infligent les Marocains en 1591. De part et d'autre du fleuve lui succèdent de petits royaumes guerriers, exposés aux attaques des Touareg.
L'empire du Kanem, déchiré par des luttes de clans, disparaît à son tour à la fin du 14è siècle.

Les différents royaumes qui peuplent le pays se font continuellement la guerre, s’affaiblissant mutuellement.
La colonisation française va bénéficier de ces rivalités.

La colonisation

Les premiers Européens à explorer la région, sont l’écossais Mungo Park en 1795, et les explorateurs allemands Heinrich Barth (1850), en route pour Tombouctou, et Edouard Vogel.

Les Français, qui souhaite relier sans discontinuité le Sénégal au Congo, et ses possessions subsahariennes à l'Algérie entrent dans la région vers 1890.
Ils mettent longtemps à réduire la résistance des Touareg de l’Aïr.

Le Niger devient un territoire militaire administré à partir de l’ancien sultanat de Zinder puis, en 1921, une colonie rattachée à l’AOF. Sa capitale est définitivement fixée à Niamey en 1926.

Le Niger devient territoire d’outre-mer en 1946, puis république autonome au sein de la Communauté française en 1958, malgré une campagne pour le « non » au référendum de Djibo Bakary, opposé au chef du gouvernement Hamani Diori.

L'indépendance

Dans les années qui suivent la Seconde Guerre mondiale, deux personnalités politiques se distinguent :
- Hamani Diori, élu député à l'Assemblée nationale en 1946, leader du parti progressiste nigérien-Rassemblement démocratique africain (P.P.N.-R.D.A.) et chef du gouvernement.
- Et Djibo Bakari, responsable syndical C.G.T., dirigeant du parti Sawaba, grand vainqueur élections territoriales organisées en mars 1957 en application de la loi-cadre Defferre.

Suite à la défaite de Djibo Bakari, partisan de l’indépendance immédiate et qui appellait à voter « non » au référendum sur la Constitution de la Ve République, le Niger devient une république autonome au sein de la Communauté française.
Hamani Diori, devenu président du Conseil, dissout le Sawaba en octobre 1959. Djibo Bakari est contraint à l’exil.
Soutenu par les pays africains progressistes (Sékou Touré, Kwuame Nkrumah) il n’aura de cesse, sans succès, de reprendre le pouvoir par la force.

Le Niger accède à l’indépendance le 30 août 1960 et Hamani Diori est élu président en novembre. Une Constitution de type présidentiel est adoptée.

Durant les années qui suivent, les perspectives économiques sont encourageantes grâce à l'uranium, et le Niger entretient de bonnes relations avec la France, tout comme avec les pays voisins.
Echappant à un attentat en 1965, orchestré par le Sawaba qui en perdra ses soutiens, Hamani Diori dirigera le pays 14 ans avant d’être renversé par un coup d'État militaire conduit par le lieutenant-colonel Seyni Kountché le 15 avril 1974.

Vingt ans de régime militaire

Le Niger est ensuite gouverné par un Conseil militaire suprême, dirigé par le lieutenant-colonel Seyni Kountché. La Constitution et les partis sont suspendus.
Complots et tentatives de coup d’État se succèdent durant les cinq premières années de pouvoir de Seyni Kountché, ce qui lui permet opportunément d'éliminer d’éventuels rivaux.

Le programme de Seyni Kountché porte sur le redressement économique consécutif à la sécheresse et sur la poursuite de la coopération avec la France. Il veut également instaurer une société associant tradition et modernité, dans laquelle chacun, chefs traditionnels mais également jeunes, et femmes ont grand rôle à jouer.
En 1983 est mis en place le Conseil national de développement (C.N.D.) chargé de préciser ces principes et d’élabore la Charte nationale du Niger, fondement de la future Constitution, soumise à référendum en juin 1987.

En novembre 1987, Seyni Kountché meurt d’une tumeur au cerveau et est remplacé à la présidence par Ali Seybou, son cousin et chef d’état-major, coopté par les membres du C.M.S.

Le pouvoir rendu aux civils

Le colonel Seibou entend poursuivre l'œuvre de son prédécesseur et s'efforce de favoriser la réconciliation nationale.
Il libère l’ancien président Hamani Diori, la Constitution promise est adoptée par référendum en septembre 1989 et ramène les civils à l'exercice du pouvoir mais dans le cadre d’un parti unique, le Mouvement national pour une société de développement (M.N.S.D.).
Trois mois plus tard, Ali Seybou est élu président.

Début 1990, la crise économique et sociale plonge le pays dans la violence : les manifestations et les grèves se succèdent, brutalement réprimées, et la rébellion touareg commence ses attentats. Quelque peu déstabilisé, le régime entre dans la voie des concessions, autorisant les partis d’opposition le 15 novembre.

Commence une longue transition compliquée par la question touareg largement débattue au sein de la Conférence nationale (juillet-novembre 1991).
Une nouvelle constitution dite « Constitution unitaire » est adoptée le 26 décembre 1992 et des élections législatives et présidentielles sont organisées.
En février 1993, des élections générales voient la victoire de l’Alliance des forces du changement (AFC) et, en mars de la même année, Mahamane Ousmane, statisticien de 42 ans, leader du CDS (la Convention Démocratique et Sociale), parti membre de l'AFC, est élu président.

L'échec démocratique

Les revendications touarègues de la Coordination de la résistance armée (CRA) et du Front démocratique pour le renouveau (FDR) en faveur de l’instauration d’une structure fédérale, ne font qu’accroître l’instabilité politique déjà favorisée par la situation de banqueroute généralisée.

À la tête de l'État, Mahamane Ousmane fait preuve d'une certaine raideur. À partir du milieu de l'année 1994, il entame un bras de fer avec l'Assemblée nationale, au sein de laquelle plusieurs de ses partisans l'ont abandonné.
Il impose, malgré l'opposition de la majorité, un Premier ministre, issu de l'AFC, qui sera renversé en février 1995. L'Assemblée est dissoute par le président mais les nouvelles élections confirment la victoire de l'opposition. Le MNSD (ex-parti unique) arrive en tête et s'allie avec plusieurs partis d'opposition pour former un gouvernement dirigé par un nouveau Premier ministre, Hama Amadou.
La cohabitation, imposée à un président réticent, va prendre une allure de guérilla permanente.

En janvier 1996, le général Ibrahim Baré Maïnassara renverse Mahamane Ousmane, sans aucune réaction de l'opinion publique.
Il va procéder à une normalisation accélérée au cours de l'année 1996 : nouvelle Constitution, retour au multipartisme et levée de l'état d'urgence (mai), élection présidentielle (juillet, qu'il remporte avec 52 % des voix, le taux de participation dépassant 66 %), intégration de personnalités de l'opposition dans le gouvernement (août), élections législatives (novembre).
Dans le même temps, le chef de l'État multiplie les contacts avec les Touareg et obtient que les dernières factions rebelles se rallient au processus de paix défini en 1995.
Cependant, son attitude vis-à-vis de l'opposition ternit l'image démocratique du nouveau régime.

En avril 1999, I. B. Maïnassara, qui a perdu le soutien de l'armée, est assassiné par sa garde personnelle.
Ce nouveau coup d'État militaire est suivi par la dissolution de l'Assemblée nationale, la suspension des partis politiques et la mise en place d'un Conseil de réconciliation nationale.
Peu après, ce Conseil nomme le commandant Daouda Mallam Wanké, ancien chef de la garde présidentielle, à la tête du pays, et le charge d’organiser un référendum constitutionnel en juin, puis des élections législative et présidentielle avant la fin de l’année.

Mamadou Tandja est élu président de la République et son parti, le M.N.S.D., allié à la Convention démocratique et sociale (C.D.S.) de l'ancien président Ousmane, obtient la majorité absolue à l'Assemblée nationale.

Mamadou Tandja

Avec Mamadou Tandja, le Niger reprend le chemin de la démocratie.
Le nouveau président doit cependant concilier avec un pays profondément meurtri par des années de rébellion armée et en situation de banqueroute.

Il renoue avec les institutions financières internationales et met en œuvre une stratégie de lutte contre la pauvreté.
Les efforts sont récompensés et le Niger voit sa dette allégée en avril 2004. Mamadou Tandja est réélu en décembre 2004 à la tête de l'État avec 65,5 % des suffrages.
Mais l'année suivante, le pays est de nouveau confronté à une grave crise alimentaire et à la reprise de la rébellion touarègue sévissant dans le nord du pays. Le gouvernement profite de ce temps de confusion pour museler la presse en arrêtant plusieurs journalistes.

La volonté du président Tandja de se maintenir au pouvoir par tous les moyens après deux quinquennats consécutifs ouvre une crise politique et institutionnelle.